La Ballue dans Vogue (1989) : les jardins de Claude Arthaud, un patrimoine en création

En 1989, Vogue consacre plusieurs pages aux jardins de La Ballue. Sous la plume de Claude Arthaud, accompagnée des photographies de Pascal Chevallier et sous la réalisation de Caroline Lebeau, le magazine brosse le portrait d’un lieu singulier où le patrimoine n’est pas figé, mais sans cesse réinventé sous l’impulsion de l’éditrice.

Un château chargé d’histoire

Le château de La Ballue témoigne d’une riche histoire. Celle-ci s’exprime d’abord à travers son architecture. Édifié au XVIIᵉ siècle par Gilles de Ruellan sur les fondations d’un ancien château fort des marches de Bretagne, il conserve les traces de ces différentes époques entre héritage défensif et élégance classique.

L’histoire de La Ballue s’inscrit également dans le domaine artistique. Le château inspire les écrivains : Victor Hugo y vient lors de l’écriture de Quatrevingt-treize, tandis qu’Honoré de Balzac l’évoque également dans son œuvre. Au fil du temps, ses murs accueillent les œuvres de nombreux artistes, parmi lesquels Jacques Monory ou Robert Rauschenberg.

Claude Arthaud : faire vivre l’art à La Ballue

En restaurant La Ballue, Claude Arthaud souhaite avant tout en faire un lieu vivant. Passionnée d’art contemporain, elle y invite les artistes qu’elle côtoie et avec lesquels elle entretient des liens d’amitié. Certains participent directement à l’aménagement du château, comme Niki de Saint Phalle, qui conçoit une table et des sièges pour le domaine. Le mobilier, les œuvres et les portraits de famille se mêlent ainsi dans les différentes pièces, faisant du château un véritable lieu d’art et de vie.

Cette atmosphère se retrouve dans le reportage publié par Vogue. Les photographies montrent un château habité et animé, où se rencontrent plusieurs formes de création. La mode y tient une place importante : de jeunes femmes déambulent dans les jardins, vêtues de robes aux couleurs éclatantes signées Christian Lacroix. Les imprimés colorés, les larges chapeaux fleuris et les sourires des modèles contrastent avec les topiaires soigneusement taillées, conférant aux jardins une atmosphère à la fois élégante, joyeuse et pleine de spontanéité. Diane et Jérôme Hébert-Stevens, Christina Manusardi – petite-nièce de l’architecte Robert Mallet-Stevens – ainsi que Florence Arthaud participent à ces mises en scène : conjuguant patrimoine, photographie et mode dans un lieu vivant.

Le château accueille également des représentations théâtrales, notamment des pièces de William Shakespeare, prolongeant cette volonté d’ouvrir La Ballue à différentes formes d’expression artistique.

Une dynamique toujours vivante

Plus de trente ans après la parution de cet article, l’esprit insufflé par Claude Arthaud continue d’animer La Ballue. Depuis 2005, les jardins sont ouverts à la visite et participent à faire vivre le lieu.

Le domaine suit également cet idéal de création, accueillant des manifestations artistiques qui investissent les jardins et le château, à l’image d’Extension Sauvage, festival de danse contemporaine, ou de BarokOpéra. Comme à l’époque de Claude Arthaud, La Ballue continue ainsi de faire dialoguer patrimoine, paysage et spectacle vivant.

Les jardins restent enfin la plus belle métaphore de cette philosophie. Héritiers d’un dessin historique et d’une tradition paysagère ancienne, ils se renouvellent sans cesse au rythme des saisons, des floraisons et des plantations. Fidèles à leur histoire tout en étant en perpétuelle évolution, ils incarnent l’identité mouvante de La Ballue.

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